Chaque organisation est traversée par la question de la gestion des conflits. L’Union Vaudoise des Associations Musulmanes (UVAM) regroupe onze associations de différentes cultures qui portent chacune des intérêts particuliers. Zakia Faure, membre du comité fonctionnel de la faîtière, décrit ainsi les enjeux de gouvernance d’une faîtière qui porte en son sein une dimension interculturelle essentielle.
L’Union Vaudoise des Associations Musulmanes (UVAM) a été fondée il y a 20 ans dans le but de renforcer la voix des des musulmanes et des musulmans dans le canton de Vaud. Ses objectifs demeurent toujours les mêmes :
- Être un acteur de la société
- Répondre aux besoins des musulmanes et des musulmans
- Être un interlocuteur commun des autorités
- Favoriser l’intégration de la communauté musulmane dans le canton de Vaud.
L’UVAM regroupe onze associations de différentes cultures : certaines de culture arabophone, comme le Complexe Culturel des Musulmans de Lausanne, ou turcophone, comme le centre islamique Eyup Sultan Mescidi, à Ecublens, ou bosniaque telle que l’Association des Bosniaques de Lausanne, ou encore mixte tel que le Centre Culturel des Musulmans de Morges et environs. Une telle diversité présente à la fois des avantages et des inconvénients
Soutien collectif et travail interculturel
Ce regroupement permet de donner une voix plus forte et plus visible aux différentes associations, facilitant ainsi la reconnaissance et l’appui des institutions publiques. En représentant une part importante des musulman·es du canton de Vaud, l’UVAM a ainsi pu lancer en 2019 la procédure de reconnaissance de la communauté musulmane. Cette représentativité et la demande de reconnaissance ont fait de l’UVAM un interlocuteur fort et crédible auprès des autorités vaudoises. Celles-ci ont notamment fait appel à̀ l’UVAM pour développer le service d’aumônerie et aplanir les difficultés au sein de l’école durant le mois de Ramadan.
Au sein de l’UVAM, les associations peuvent mutualiser leurs ressources et bénéficier d’un soutien collectif. Cela inclut des financements partagés, des compétences variées, et un réseau élargi pour la réalisation de projets, comme l’organisation commune des fêtes religieuses ou des Assises de l’UVAM. Enfin, la présence de plusieurs cultures encourage le respect mutuel et la cohésion sociale.
Par exemple, l’organisation de fêtes communes favorise la découverte des autres cultures et traditions, ce qui se traduit par des invitations réciproques, de nouvelles amitiés, voire des mariages interculturels. Depuis quelques mois, le Président a lancé le projet de faire des brunchs dans les différents centres de l’UVAM, où tous les autres membres sont invités, pour partager un moment convivial. Les cours d’arabe pour les enfants ou en français pour les femmes organisés dans certains centres membres de l’UVAM permettent aussi un rapprochement des communautés, qu’il s’agisse des enfants ou des parents.

Gouvernementalité à l’UVAM
Pour gérer efficacement l’UVAM, le Comité a besoin de ressources humaines, forcément prises dans les différentes associations. Cela affaiblit le fonctionnement de ces dernières. En effet, tant le comité de l’UVAM, que les comités des associations membres sont basées sur le bénévolat. Il s’agit donc d’un investissement personnel, qui représente un challenge. La diversité des opinions entraîne parfois des divergences sur les décisions à prendre, conduisant à des conflits internes. Certains malentendus, dus à des sensibilités historiques et culturelles variées, peuvent aussi être source de problèmes. Leur gestion est une charge supplémentaire pour le Comité.
La diversité des opinions entraîne parfois des divergences sur les décisions à prendre, conduisant à des conflits internes. Certains malentendus, dus à des sensibilités historiques et culturelles variées, peuvent aussi être source de problèmes
Un des projets phares était l’harmonisation des calendriers avec les horaires de prières. En effet, les communautés ont différentes façons de calculer ces horaires et différentes façons de déterminer le début d’un mois lunaire, suivant leur pays d’origine. Certaines communautés choisissent la vision du croissant, alors que d’autres se fient aux calculs astronomiques. Dans le cadre d’un projet mené au niveau suisse par la Fédération des Organisations Islamiques de Suisse (FOIS), l’UVAM a pu obtenir un consensus au sein de ses associations membres et a ainsi représenté une position commune dans le cadre des discussions avec les communautés religieuses des autres régions de la Suisse. Les efforts déployés ont abouti à une harmonisation des horaires de prières au niveau national. Une application mobile (SwissMosque) a même été créée pour pouvoir consulter ces horaires harmonisés.
Prévention des conflits et politique de gestion interne
Pour prévenir les conflits, le président de l’UVAM, M. Ufuk Ikitepe, met un point d’honneur à visiter régulièrement les centres. La présence de la faîtière au sein des associations est essentielle. En partageant ces moments de convivialité, le Comité est à l’écoute des préoccupations des responsables et disponible pour résoudre leurs problèmes.
Lorsqu’un conflit survient, le Comité met un point d’honneur à le traiter rapidement, tout en laissant le temps nécessaire aux parties impliquées. Afin de comprendre les raisons sous-jacentes du conflit, le Comité privilégie des discussions transparentes entre toutes les parties concernées. En général, cela suffit à trouver un terrain d’entente. Pour débloquer certaines situations, le Comité fait parfois appel à̀ un médiateur neutre, qui est une personne estimée par les deux parties.
En cas de conflit plus important, le Conseil de l’UVAM est sollicité. Il s’agit d’un organe qui dirige les activités de l’UVAM et est composé de délégués des associations membres. Chaque partie exprime son avis et le Conseil décide en veillant à trouver un compromis, dans le respect des statuts. Si les décisions se prennent au final à la majorité, il est important de ne pas imposer un point de vue aux membres qui pourraient se sentir lésés.
La gestion des conflits est d’une importance capitale pour le Comité qui privilégie une approche proactive et réfléchie. En adoptant des stratégies appropriées pour les gérer, le Comité souhaite promouvoir une ambiance de fraternité et de bienveillance. Cela permet à̀ l’UVAM de réaliser ses objectifs de manière harmonieuse et efficace.

Interculturalités et gestion des conflits
La diversité, l’entre connaissance, la consultation, le conseil fraternel et la patience sont des valeurs coraniques fondamentales qui jouent un rôle crucial dans la promotion de la cohésion sociale et la résolution des conflits au sein de la communauté. Ces principes permettent de transcender les divergences individuelles et de construire des relations basées sur le respect et la compréhension mutuelle.
Le Coran valorise la diversité comme une manifestation de la sagesse divine, encourageant les individus à se connaître les uns les autres pour mieux comprendre et apprécier leurs différences. Ce processus d’entre connaissance, ou Ta’aruf, est essentiel pour établir des liens solides au sein de la communauté, atténuant les préjugés et facilitant la résolution pacifique des différends.
La Shura, ou consultation, est une autre valeur clé en Islam. Ce principe appelle à la participation collective dans la prise de décision, assurant que les perspectives de tous sont prises en compte. Cela renforce l’équité et la justice, et aide à prévenir les décisions impulsives ou unilatérales qui pourraient nuire à la cohésion sociale.
Le Nasihah, ou conseil sincère et fraternel, encourage un échange bienveillant, renforçant ainsi la solidarité et la confiance entre les membres de la communauté. En prodiguant des conseils, les membres de la communauté soutiennent leurs frères et sœurs dans la voie du bien.
Enfin, la Sabr, ou patience, est une vertu essentielle qui permet de gérer les conflits avec calme et réflexion. Le Coran souligne l’importance de la patience, surtout dans les moments de discorde, comme un moyen de maintenir la paix et l’unité.
Ensemble, ces valeurs coraniques mettent l’accent sur le processus de résolution des conflits, favorisant le dialogue et l’entraide.
Ensemble, ces valeurs coraniques mettent l’accent sur le processus de résolution des conflits, favorisant le dialogue et l’entraide, plutôt que de se focaliser uniquement sur un résultat ou une décision immédiate. Cette approche garantit non seulement la paix communautaire, mais aussi la construction d’une société harmonieuse et solidaire, où les différences sont respectées et les conflits résolus de manière juste et réfléchie.
