Jasmine Ucciardi

Marcher avec Dieu, rencontrer les autres : itinéraire d’une jeune croyante

Comment une foi héritée devient-elle une expérience personnelle, puis un engagement ouvert à la rencontre de l’autre ? Ce parcours met en lumière une manière de croire qui se construit dans la relation et fait écho aux aspirations de nombreux jeunes aujourd’hui, en quête de sens, de lien et de dialogue entre les traditions.

De l’héritage à l’expérience

J’ai grandi dans une famille catholique où la foi faisait simplement partie du quotidien. Elle accompagnait la vie sans s’imposer, comme une présence familière. Pendant longtemps, je ne l’ai pas questionnée. J’ai suivi le parcours de catéchisme qu’on me proposait. Puis la maladie est venue bouleverser cet équilibre. L’annonce d’un cancer, alors que j’étais encore jeune, a profondément changé mon regard sur le monde. Face à cette épreuve, j’ai découvert la fragilité de l’existence mais aussi ce qui demeure lorsque tout vacille : les liens humains, l’attention portée aux autres et la capacité d’aimer. À partir de ce moment-là, ma foi n’a plus été seulement héritée, elle est devenue une expérience personnelle.

Ma foi n’a plus été seulement héritée, elle est devenue une expérience personnelle.

Une foi vécue et partagée

Adolescente, je participe à un pèlerinage organisé par la pastorale des jeunes de Genève. Durant une semaine, nous marchons à travers paysages et villages, rythmés par la prière, le silence et les rencontres. Nous dormons dans la nature ou dans des jardins, une écurie, une école ou parfois une église. Cette hospitalité simple me marque profondément. À l’arrivée dans la communauté de Taizé, en France, je découvre des milliers de jeunes venu·e·s de toute l’Europe, réuni·e·s dans une atmosphère de communion et de paix. Cette expérience devient fondatrice. J’y retourne plusieurs années de suite et participe ensuite aux rencontres européennes de la communauté organisées dans différentes villes d’Europe, rassemblant des milliers de jeunes. Nous sommes une nouvelle fois accueillis chez l’habitant·e et avec le temps, je deviens responsable de groupe. En échangeant avec les jeunes qui m’accompagnaient, une même force d’unité nous poussait à découvrir le monde au-delà de nos cadres habituels.

Au fil du temps, mon engagement dans l’Église et la pastorale des jeunes prend une nouvelle dimension. Je m’investis dans les retraites Kairos. Pendant trois jours, plus de 150 jeunes prennent le temps de réfléchir ensemble à la foi, au doute et au sens de la vie à travers des témoignages de jeunes. L’expérience se poursuit durant une année entière grâce à un accompagnement régulier. Depuis cinq ans, j’y suis animatrice et j’accompagne de nouveaux responsables dans leur parcours. D’autres rassemblements, comme les journées des confirmant·e·s ou l’appel décisif des futurs baptisé·e·s, réunissent chaque année des centaines de jeunes du canton et témoignent d’une jeunesse croyante qui ne cesse de croître. Vivre ensemble l’esprit de communauté devient de plus en plus important pour les jeunes.

Questionner pour avancer

En 2022, je pars à Lourdes avec un groupe de jeunes comme hospitalière auprès de personnes en situation de handicap. Je croyais offrir de mon temps, j’y ai surtout reçu une leçon d’humilité. Leur joie et leur manière d’habiter le présent ont profondément bouleversé mon regard. L’année suivante, je participe aux Journées mondiales de la jeunesse à Lisbonne. Nous partageons la vie d’une paroisse avec des jeunes venu·e·s de plusieurs continents. Très vite, les différences culturelles s’effacent au profit d’une joie commune. Le rassemblement final, entouré de deux millions de jeunes attendant le pape François, reste pour moi une image forte d’universalité. Une nouvelle génération de chrétien·ne·s qui puise sa foi dans la rencontre de l’autre. En 2025, je vis une expérience similaire lors de l’année du Jubilé des jeunes à Rome, réunissant près d’un million de participant·e·s autour du pape Léon XIV. Ma foi ne cesse de croître, enrichie par les moments partagés avec d’autres jeunes.

Cet engagement s’accompagne aussi de questionnements. Avec le temps, j’ai appris à distinguer l’institution et ses dogmes de l’expérience spirituelle. Certains discours ecclésiaux peuvent diviser lorsqu’ils prennent le pas sur l’essentiel. Pour moi, ce dernier reste de conserver un esprit critique et de discerner ce qui nous relie véritablement à l’amour, tout en replaçant certains messages dans leur contexte historique. Cela reste une réflexion que j’aborde quotidiennement avec mon entourage.

Conserver un esprit critique, c’est aussi discerner ce qui nous relie véritablement à l’amour.

Croire en rencontrant : une foi qui s’élargit

Ce désir de dialogue m’amène progressivement vers l’interreligieux. Invitée à une rencontre de la Plateforme interreligieuse de Genève, je découvre des personnes issues de différentes traditions. Cette journée marque un tournant dans ma vie. Je découvre le mouvement des Focolari, que je rejoins par la suite. Les jeunes du mouvement me semblent profondément tourné·e·s vers l’oecuménisme et la rencontre entre religions. 

Une rencontre dans les rues de Genève m’a ensuite menée en Inde, dans un ashram au pied de l’Himalaya. Moi qui n’avais jamais quitté l’Europe, je découvre l’hindouisme et une autre manière d’habiter la spiritualité. Le voyage se poursuit au Sénégal, auprès d’un prêtre rencontré au JMJ de Lisbonne. Je vis quelque temps chez les moines bénédictins de Keur Moussa et rencontre un frère de la communauté de Taizé installé depuis plusieurs décennies dans la région de Dakar. Ces rencontres, formant une véritable émulation spirituelle, ont profondément marqué mon parcours et approfondi ma foi. Je retrouve cela chez de nombreuses personnes : à l’image d’un arbre, plus les branches de la compréhension grandissent, plus les racines de l’amour s’approfondissent.

Je participe ensuite au Genfest, rencontre internationale du mouvement des Focolari organisée au Brésil qui a lieu tous les six ans dans une région du monde. Le rassemblement mêle volontariat, échanges culturels et engagement social. Des milliers de jeunes du monde entier s’y retrouvent autour du thème Together to care. Je retourne par la suite en Afrique de l’Ouest, au Sénégal mais également en Guinée-Bissau, où je contribue à la création d’un groupe de jeunes avec les missionnaires spiritains. Un véritable élan de partage et de solidarité entre croyants qui dépasse les frontières.

Relier : vers une foi en dialogue

Parallèlement, mon engagement en Suisse se poursuit comme guide dans le projet national « Dialogue en Route » qui promeut la pluralité culturelle et religieuse en Suisse. À travers visites et rencontres, je découvre des communautés bouddhistes, musulmanes et juives de Suisse romande. Ces expériences élargissent ma compréhension de la foi : elle ne se limite plus à une appartenance, mais se construit dans la rencontre du prochain.

Ma foi ne se limite plus à une appartenance, elle se construit dans la rencontre du prochain. 

Je me rends compte que je ne suis pas la seule jeune à éprouver ce besoin. Ces expériences révèlent aussi une attente plus large. De nombreux·euses jeunes aspirent aujourd’hui à tisser des liens avec d’autres traditions, à travers des activités communes, des groupes de partage interreligieux ou encore la découverte de fêtes et d’événements propres à chaque tradition. Peut-être est-il temps de créer une plateforme interreligieuse de jeunes, proposant des activités artistiques, musicales, sportives ou culturelles, telles que des ciné-débats ou des cafés-débats, pour découvrir les autres religions dans la bienveillance et la créativité.

Peut-être est-il temps de créer une plateforme interreligieuse de jeunes.

Aujourd’hui encore, je considère mon parcours comme un chemin en devenir plutôt qu’une destination atteinte. Ma démarche spirituelle s’inscrit dans une dynamique de pèlerinage continue car comme disait Etty Hillesum : une fois que l’on commence à faire route avec Dieu, on poursuit tout simplement le chemin car la vie n’est plus qu’une longue marche.

Auteur

  • Jasmine Ucciardi

    Guide en Route ||| Jasmine est engagée dans le projet "Dialogue en Route" depuis 2023. Étudiante en science politique, elle est également membre de la pastorale des jeunes de Genève et est très investie dans toutes les initiatives interreligieuses en Suisse romande.

    Voir tous les articles

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.