Anaïs Reichard

Dates de Pâques : entre espoirs et disparités calendaires

Pour des raisons organisationnelles liées notamment aux vacances scolaires, tout un chacun sait que la date de Pâques change chaque année. Néanmoins les raisons de ces fluctuations peuvent être obscures : pourquoi cette variation ?

Histoire de la date de la célébration pascale

Historiquement, la date de Pâques a été déterminée par une règle édictée lors du premier Concile œcuménique de Nicée, ayant eu lieu du 20 mai au 20 juillet 325 dans la ville de Nicée, actuelle ville d’Iznik dans le nord-ouest de la Turquie. Le Concile de Nicée, tenu en 325, est le premier concile œcuménique universel de l’histoire. Précisons que l’œcuménisme est un terme essentiel pour la chrétienté : dérivant du terme grec oikoumené (« l’ensemble de la terre habitée »), il désigne les efforts et les échanges entrepris par les différents courants pour « faire corps » et établir des relations en faveur d’une unité entre chrétiens de différentes Eglises et traditions.

À l’initiative de Constantin Ier (~272 – 337), considéré comme le premier empereur chrétien après sa conversion, environ 300 évêques venus de tout l’Empire romain s’y rassemblent. Ce concile, visant à unifier l’Empire, adopte plusieurs résolutions majeures, dont la condamnation de l’arianisme (une doctrine d’Arius, prêtre d’Alexandrie, affirmant que le Fils est inférieur au Père dans la Trinité) au profit du dogme de l’égalité et de la consubstantialité (la même substance) entre le Père et le Fils. Il fixe également la date de célébration de Pâques. C’est à l’occasion de ce premier concile œcuménique qu’il a été convenu que Pâques soit célébrée le dimanche qui suit la première pleine lune de l’équinoxe du printemps : cette année par exemple, celle-ci a été célébrée le dimanche 20 avril puisque la première pleine lune après l’équinoxe du jeudi 20 mars est tombée le dimanche 13 avril.

Calendrier et religion: une histoire sur le temps long. Une photo de Siarhei Plashchynski sur Unsplash.

Disparités calendaires entre les courants chrétiens

Les disparités calendaires entre les courants chrétiens s’expliquent par les différents calendriers adoptés, notamment julien et grégorien. Le calendrier julien est un calendrier solaire de 365 jours utilisé dans l’antiquité romaine. Introduit par Jules César en 46 av. J.-C., il remplace le calendrier lunaire romain républicain qui découpe l’année en 10 mois. Les mois de juillet et août ont été ajoutés en hommage aux Jules César et à l’empereur Auguste. Cela a décalé la numérotation des mois suivants, ce qui explique pourquoi septembre, octobre, novembre et décembre – dont l’origine des noms signifie respectivement 7e, 8e, 9e et 10e – sont en réalité les 9e, 10e, 11e et 12e mois de l’année. Employé en Europe jusqu’au XVIe siècle, il est progressivement remplacé par le calendrier grégorien mis en place par Grégoire XIII en 1582, pape qui souhaite une découpe plus précise de l’année relativement à la temporalité astronomique.

Les disparités calendaires entre les courants chrétiens s’expliquent par les différents calendriers adoptés, notamment julien et grégorien.

Les calendriers julien et grégorien se distinguent principalement par leur précision – en moyenne de 365,25 jours pour le premier et de 365,2425 jours pour le second – et la manière dont l’année est ajustée pour correspondre au cycle solaire. Tous deux incluent une année bissextile tous les 4 ans avec néanmoins, certaines exceptions pour le système grégorien. L’année légèrement plus longue du calendrier julien induit un écart entre ces systèmes : en 2025, il est de 13 jours. Précisons encore qu’aujourd’hui, bien que la majeure partie du monde ait civilement adopté le calendrier grégorien, d’autres calendriers lunaires (calendrier musulman), semi-lunaires (calendriers bouddhiste, chinois ou hébraïque) et solaires (calendriers copte, julien ou persan) coexistent.

Tous les courants chrétiens ne suivent pas le même calendrier. Certaines Eglises orthodoxes suivent le calendrier julien tandis que d’autres, le grégorien. Cependant, il existe une seule et unique date de Pâques pour toute l’Orthodoxie, calculée en fonction du calendrier julien, à une exception près, l’Eglise de Finlande qui est la seule à célébrer Pâques selon le calendrier grégorien. En 2025 cependant, ces calendriers se recoupent : cela signifie que les Eglises latine et orthodoxe ont célébré Pâques à la même date. Cet heureux hasard a conduit le pape François et le patriarche Bartholomée – patriarche œcuménique de Constantinople – à échanger sur leur volonté commune de faire de Pâques une célébration à l’avenir universelle.

En attendant cette année, chrétiennes et chrétiens de tous courants ont pu profiter des célébrations de Pâques pour célébrer ensemble la joie indicible induite par la résurrection du Seigneur, symbole de triomphe de la vie sur la souffrance et la mort.

La parole est donnée à Stefan Constantinescu

Afin d’illustrer les espoirs portés par cette heureuse conjoncture calendaire, donnons la parole à Stefan Constantinescu, responsable du département de la formation et accompagnement des adultes de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud et, du fait de son origine, chrétien de l’Eglise orthodoxe roumaine :

« Je reconnais que la dynamique actuelle du monde, marquée par la montée de toutes formes d’extrémismes, de populismes et par une polarisation croissante entre l’Orient et l’Occident, m’inspire peu d’espoir. Pourtant, je conserve l’espérance !

Je reconnais que la dynamique actuelle du monde m’inspire peu d’espoir. Pourtant, je conserve l’espérance !

En effet, les divergences de dates pascales et les décalages qu’elles induisent engendrent de profondes frustrations au sein des communautés orthodoxes vivant en diaspora dans les pays occidentaux. L’instauration d’une date commune pour la célébration de Pâques constituerait un précédent significatif, permettant à tous de fêter ensemble cet événement fondamental, en famille et entre amis, tout en bénéficiant des jours fériés du calendrier civil.

J’espère que cette unité de date encouragera chacune et chacun à cheminer collectivement pour revivre cette expérience commune. Plus nous tissons de liens, plus les barrières s’effacent, favorisant ainsi la rencontre et l’unité à travers des échanges interpersonnels et interconfessionnels ! Que cette heureuse convergence des calendriers puisse contribuer à dépasser les blocages actuels et à prévenir toute instrumentalisation politique du religieux, dont la question du calendrier est parfois un enjeu. »


Auteur

  • Anaïs Reichard

    Chargée de communication pour l'Église catholique dans le canton de Vaud ||| Anaïs Reichard est titulaire d’un master en sciences religieuses et travaille en tant que chargée de communication pour l’Eglise catholique dans le canton de Vaud depuis novembre 2023. Elle s’occupe notamment de la rédaction de contenus (réseaux sociaux, site internet, magazine hors-série, etc.) et du soutien au développement et la gestion de projets (vidéos, médiathèque, etc.).

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