Dia Khadam est aumônière aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Dans ce nouveau format de la version francophone de religion.ch, elle présente son parcours de la Syrie jusqu’au service public genevois. Son témoignage réitère la centralité des soins spirituels dans les institutions de soins. En effet, les compétences de lecture d’une situation, d’analyse et de médiation d’une aumônière entre les professionnel·les de la santé et le public, cristallisent une place essentielle dans le parcours d’un·e patient·e.
Dia me reçoit dans des locaux privés. Avec une attention particulière, elle déballe de leur film plastique diverses patisseries syriennes. Très goûtues, elles nous permettent d’approfondir le sujet de notre rencontre: les enjeux des aumôneries dans les hôpitaux.
Construction d’une identité dans un nouveau pays
Après une émigration de sa terre syrienne natale, Dia arrive en Suisse. Après avoir commencé à trouver ses marques dans cette nouvelle terre d’accueil, elle réfléchit à sa place en Suisse: quelle relation entretenir avec sa culture et sa religion socialisée par une éducation syrienne ? Comment entrer dans la société suisse ? Autant de question qui débouche sur le choix de mots judicieux : vouloir l’intégration. Pour Dia, pouvoir conserver des liens avec sa culture et son pays d’origine tout en y intégrant certaines valeurs ou éléments culturels suisses est primordial.

Tout en apprenant le français, Dia est bénévole au sein de structure associative musulmane sur Genève. Elle enseigne certains aspects culturels de l’islam tout en effectuant des lavages mortuaires. Cet intérêt s’est transformé en opportunité. Des étudiant·es en médecine se sont rendu compte qu’il existait un besoin pressant d’offrir un soutien spirituel aux malades. Dia s’est donc rapidement intéressée à ce projet qui lui a permis de suivre un CAS en accompagnement spirituel et de se professionnaliser dans un domaine dans lequel elle est engagée depuis plus d’une dizaine d’année.
Une aumônerie à l’hôpital ? Vraiment ?
L’accompagnement spirituel s’ancre dans une compréhension holistique de la personne, comme l’explique Dia Khadam. Le psychologue des religions Pierre-Yves Brandt1 explicite le fait que la dimension spirituelle n’est pas comprise comme une bulle extérieure à l’humain, au contraire, mais comme s’entremêlant avec les dimensions médicales, familiales, politiques, culturelles ou encore ethniques. Pour l’aumônière, elle n’aspire pas à la conversion, au contraire, à pouvoir laisser la liberté à la personne de pouvoir s’auto-déterminer dans ses croyances et sa localisation religio-spirituelle.

L’aumônerie apporte également un support de réflexion aux questions éthico-religieuses complexes: puis-je prendre ce médicament durant le ramadan ? S’ensuit une présence interprofessionnelle autour du patient ou de la patiente pour partir de son vécu et l’accompagner aux mieux dans son parcours de soins. Suite à une recherche de terrain entreprise par le Centre Islam Suisse et Société (CSIS), il existe trois aspects déliquats du mandat qu’il leur est aloué dans les hôpitaux. Le premier concerne la distinction à établir entre un conseil religieux, une demande de réflexion théologique et la peur des patient·es. L’enjeu est donc d’accompagner le processus de soin ce qui demande des connaissances en éthique médicale. Le deuxième élément est de ne pas directement interpreter un problème ou une tension par des arguments culturels ou religieux. Comme le signale le rapport, le conflit émerge souvent d’un problème de communication. Finalement, le troisième élément énoncé évoque que l’aumônerie est souvent appelée dans des moments de crise, et donc dans des moments où il s’agit pour l’accompagnant·e spirituel·le d’être précis·e dans les mots énoncés et la posture incarnée. Ceci en prenant en compte les ressources mêmes de la personne2 . Pour aller plus loin, vous pouvez vous référer l’article de Mallory Schneuwly Purdie, qui développe une réflexion nécessaire sur l’aumônerie musulmane dans les institutions suisses.

- BRANDT, Pierre-Yves, L’accompagnement spirituel en milieu hospitalier exige-t-il des compétences spécifiques? dans BRANDT, Pierre-Yves et BESSON, Jacques, Spiritualité en milieu hospitalier, Labor et Fides, Genève, 2016, pp. 15-34. ↩︎
- Centre Suisse Islam et Société, L’aumônerie musulmane: jalons et perspectives, CSIS-papers 12. ↩︎
