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Mathias Ortega

Faire société à tout âge

La politique de la jeunesse peut prendre des formes très variées, mais constitue toujours un pilier fondamental de la société suisse. Son importance se manifeste autant dans l’éducation à la citoyenneté des futur·es adultes (et donc à terme des futur·es seniors !) que dans la cohésion entre jeunes et entre les générations. Les jeunes restent minorisé·es dans les processus politiques et la mise en place de conditions cadres favorables à leur intégration demeure un enjeu de taille.

Une mosaïque de pratiques

La politique de la jeunesse se manifeste en Suisse d’une multitude de façons. Elle est nourrie tant par des textes internationaux, telle que la Convention des droits de l’enfant, que par des lois fédérales et cantonales, ou des projets initiés localement par des communes. On peut ainsi parler de politiques jeunesses au pluriel. Ces politiques se déclinent dans les domaines de la protection des jeunes, de la prévention des risques, de l’éducation à la citoyenneté, de la participation politique des jeunes et de la mise en place de projets par les jeunes. C’est dans ces trois derniers que se concentrent la majorité des mesures visant l’inclusion sociale et politique des jeunes.

En parallèle des acteurs institutionnels, qui posent les cadres légaux et les mettent en application, des organisations non-étatiques sont également à l’œuvre. Ces dernières permettent de nourrir les politiques jeunesses institutionnelles, d’équiper les jeunes pour devenir des citoyen·nes accompli·es et de faciliter les échanges entre le monde institutionnel et la jeunesse suisse.

La Fédération Suisse des Parlements des Jeunes FSPJ, qui fête cette année ses 30 ans, aide par exemple à mettre en place et développer des Parlements de Jeunes, organisations représentant la jeunesse communale, régionale ou cantonale. Ces organisations, gérées pour et par les jeunes, peuvent véhiculer les préoccupations de la jeunesse au sein des institutions et sont des partenaires tout trouvés pour mener des processus participatifs. Ce fonctionnement « pour et par les jeunes » se manifeste également lors de la session fédérale des jeunes, organisée par le Conseil Suisse des Activités de Jeunesse, qui réunit chaque année 200 jeunes de toute la Suisse et transmet à son terme une douzaine de revendications à la Présidence du Conseil National. Un autre exemple : une campagne nationale intitulée « Change la Suisse ! » organisée par le domaine engage.ch de la FSPJ. Lors de cette campagne, tous·tes les jeunes de Suisse ont la possibilité de déposer un souhait sur une plateforme en ligne. Les souhaits peuvent ensuite être saisis par des parlementaires nationaux·ales et discutés au niveau fédéral.

Image 1 : Source : Fédération Suisse des Parlements des Jeunes

Enjeux de l’élaboration de politiques jeunesses conséquentes

Si les initiatives foisonnent, le potentiel transformatif des politiques jeunesses peine parfois à se manifester concrètement. En effet, les propositions faites par les jeunes ne disposent généralement pas de bases légales pour garantir leur prise en considération. C’est également le cas lors des consultations, dont les retours ne sont pas contraignants. Des expériences pionnières montrent cependant que cette situation n’est pas une fatalité. La motion jeunesse de la commune de Muri bei Bern permet par exemple à la jeunesse de déposer une motion, à la condition qu’elle soit déposée par 40 jeunes âgé·es de 13 à 18 ans domicilié·es sur la commune. Des outils semblables existent dans d’autres communes. À Zurich, sept motions ont été déposées par les jeunes le 18 septembre 2024, une première dans cette ville. Les objets traitent autant de l’accessibilité des transports publics que de la discrimination en milieu scolaire, en passant par l’aménagement urbain. Reste à ce que de telles initiatives passent de l’exception à la norme.  

Du fait de leur âge, les jeunes n’ont généralement pas la connaissance des processus politiques, lois, et autres finesses administratives qui encadrent les décisions prises par les autorités. Même lorsque des outils sont à leur disposition pour pouvoir participer à ces décisions ou les impacter après coup, les jeunes ne sont pas toujours au fait de leur existence et de la manière de les employer. La vulgarisation du système politique est un enjeu fondamental pour permettre une participation effective des jeunes. Cela permet d’éviter des incompréhensions frustrantes pour toutes les parties impliquées, comme cela arrive parfois avec des projets de consultations où les demandes adressées aux autorités politiques communales relèvent en fait de politiques cantonales ou fédérales. La commune se trouve alors incapable de répondre aux demandes et les jeunes peuvent avoir l’impression de parler à un mur.

La vulgarisation du système politique est un enjeu fondamental pour permettre une participation effective des jeunes.

Des initiatives comme l’offre easyvote, initiée par le Parlement des Jeunes de Köniz, puis développée et portée par la FSPJ dans toute la Suisse, viennent pallier ces défis en vulgarisant le système politique suisse et les enjeux des votations. La présence d’accompagnant·es capables d’expliquer les processus politiques et administratifs aux jeunes, ainsi que les attentes des jeunes auprès des institutions, est également une dimension cruciale des politiques jeunesses. On observe ce type d’accompagnement dans la majorité des cas de bonnes pratiques de participation des jeunes.

Les jeunes ne forment pas un groupe homogène, leur principal point commun étant leur âge. Les politiques jeunesses doivent ainsi être pensées de manière à prendre en compte la complexité sociale au sein d’une même génération. Il faut dès lors porter une attention particulière à l’inclusivité des démarches participatives et des structures promouvant la « voix de la jeunesse ». Leur accès devrait être identique quel que soit le milieu socio-économique, le genre ou l’origine culturelle des jeunes.  Là encore, des professionnel·les encadrant la démarche peuvent jouer un rôle déterminant, en aidant les institutions à sortir de leurs murs et  à franchir leurs portes à des personnes qui ne se sentiraient pas légitimes de le faire d’elles-mêmes. La diversification des modalités de participation permet une meilleure inclusivité, en ne privilégiant aucune forme d’expression sur une autre.

Les politiques jeunesses, quelles qu’elles soient, ne devraient pas être conçues en prenant les jeunes comme un public bénéficiaire passif, mais bien comme des acteur·rices intervenant dès la phase d’élaboration.  De nombreux obstacles à une participation des jeunes dans toute leur diversité, peuvent ainsi être évités, par l’inclusion des premier·ères concerné·es. Il ne s’agit pas uniquement d’un impératif moral, mais d’un gage d’efficacité et de qualité. En intégrant les jeunes en amont, les politiques jeunesses ont de meilleures chances de pouvoir répondre aux besoins de leurs destinataires et d’être à la hauteur des enjeux sur lesquels elles se déploient. En associant des moyens suffisants, une volonté politique de développer un « réflexe participatif » et l’inclusion des jeunes du début à la fin des processus, les conditions idéales pour des politiques jeunesses conséquentes sont réunies.

Image 2 : Source : Fédération Suisse des Parlements des Jeunes

Faire société entre les générations

En permettant aux jeunes de devenir de véritables acteur·rices de leur milieu de vie, on construit une base solide pour développer des échanges intergénérationnels. Il s’agit d’un enjeu de cohésion sociale, aussi bien que d’une manière de faire circuler les savoirs et expériences au sein de la société.

En permettant aux jeunes de devenir de véritables acteur·rices de leur milieu de vie, on construit une base solide pour développer des échanges intergénérationnels.

La création de structures représentatives, comme celles mentionnées précédemment, permet de favoriser de tels échanges. À Yverdon-les-Bains par exemple, il existe un organe représentatif des jeunes, un autre pour les seniors et un autre encore pour les personnes issues de l’immigration. Ces trois instances peuvent faciliter les échanges et tisser des liens entre des publics qui ne se côtoient pas forcément.

Par des projets comme les ateliers engage.ch dans les écoles, les jeunes ont également la possibilité de discuter avec des élu·es de la mise en place de nouvelles mesures dans leur commune. L’échange est bénéfique aux deux parties, les jeunes ont l’occasion de découvrir le fonctionnement de leurs institutions politiques, et les politicien·nes adultes la possibilité de mieux comprendre les préoccupations de la jeunesse.

À l’ère de l’information en continu et des réseaux sociaux, il est facile de se retrouver dans une « bulle » d’information qui peut exacerber les différences intergénérationnelles jusqu’à donner l’impression que jeunes, adultes et seniors vivent dans des univers parallèles. Les occasions d’échanger entre les générations, comme les créent l’inclusion des jeunes dans les processus participatifs, sont extrêmement précieuses et permettent de resserrer les liens sociaux en développant une meilleure compréhension de l’autre. En prêtant une attention particulière à la participation des jeunes au système démocratique suisse, on assoit la légitimité de celui-ci. A travers ses offres, la FSPJ s’engage en faveur d’une culture du débat démocratique inclusive.

La Fédération Suisse des Parlements des Jeunes FSPJ est le centre de compétences politiquement neutre pour l’éducation à la citoyenneté et la participation politique des jeunes. En bref, nous souhaitons encourager les jeunes à s’intéresser à la politique et à y participer. Notre devise : jamais trop jeune pour la politique ! Nous poursuivons cet objectif avec la promotion de nos membres, les parlements des jeunes, et avec nos offres easyvote et engage.ch. Pour plus d’informations : www.fspj.ch

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