Pour moi, être sage-femme, c’est un métier au cœur de l’intimité. C’est accompagner de nouvelles familles dans des moments très heureux comme dans des moments très difficiles. Parfois, nous sommes aussi témoins de la spiritualité qui entoure la naissance. Celle-ci est souvent portée par les familles elles-mêmes et s’exprime différemment selon les croyances, la religion ou la manière dont chacun et chacune perçoit la spiritualité.
On pourrait décrire la naissance comme une invitation faite à une âme à rejoindre la terre. Comme si l’âme de l’enfant à venir flottait dans l’univers avant de venir habiter le corps du bébé au moment de l’accouchement – ou peut-être déjà lors de la conception. Comme si l’âme de l’enfant choisissait ses parents.
La naissance, un moment entre deux mondes
Pendant longtemps – et c’est encore le cas dans certaines régions du monde –, la naissance et l’accouchement représentaient un espace situé entre la vie et la mort, un moment fragile, suspendu entre deux mondes. Pour le bébé, mais parfois aussi pour la personne qui accouche.

Aujourd’hui, en Suisse, les progrès de la médecine permettent d’éviter la grande majorité des décès maternels et néonatals. Pourtant, l’accouchement reste un moment profondément lié à un équilibre fragile : une situation peut basculer très rapidement. C’est un moment précieux, intime et vulnérable.
La naissance demeure un moment de grande fragilité où la médecine et les croyances se rencontrent.
De la « sorcière » à la sage-femme
Autrefois, celles qui accompagnaient les naissances étaient les femmes les plus âgées de la famille ou la « sorcière » du village. On allait la chercher lorsque le travail durait trop longtemps, lorsque la mère saignait abondamment ou en cas d’autres complications. Elle pouvait aussi être sollicitée lorsqu’une grossesse n’était pas désirée, car elle connaissait des plantes susceptibles d’interrompre la grossesse.
Puis, à mesure que la médecine a pris une place grandissante dans notre société, les médecins se sont progressivement imposés dans le domaine de l’accouchement. Cette évolution s’est accompagnée de la perte d’une partie des savoirs transmis de femme à femme au fil des générations. Les débuts de cette médicalisation ont également connu leurs propres limites, notamment avant que les règles d’hygiène ne soient pleinement comprises et appliquées.
LA MÉDICALISATION A TRANSFORMÉ LES PRATIQUES, SANS FAIRE DISPARAÎTRE LE BESOIN DE RITES ET DE TRANSMISSION.
Aujourd’hui, les naissances ont principalement lieu à l’hôpital, en maison de naissance ou à domicile – parfois, de manière inopinée, dans une voiture, même si ce n’est évidemment pas le projet de départ.
Dans ma pratique de sage-femme, j’observe de nombreux liens entre la naissance, la spiritualité, certaines croyances et, parfois, la religion. Pour beaucoup de parents, il est important d’accueillir leur enfant dans un environnement où ils se sentent en sécurité, entourés de leurs valeurs, de leurs croyances et de leur univers.

Par exemple, on observe aujourd’hui un désir croissant de revenir à des accouchements aussi physiologiques que possible, avec moins de médicalisation et, parfois, une dimension plus spirituelle ou symbolique. Peut-être avez-vous déjà entendu parler des doulas. Ces femmes prennent progressivement leur place dans les récits de naissance. Elles accompagnent les familles sans intervenir sur le plan médical, en proposant des massages, des chants, des huiles essentielles, des mantras, un soutien émotionnel ou simplement une présence rassurante.
