En milieu réformé, on a tendance à considérer que l’égalité entre hommes et femmes est atteinte. Après tout, nos femmes sont pasteures ! Chez les catholiques, c’est une autre affaire. La prêtrise est encore un ministère strictement masculin. Pourtant, des femmes pasteures, il n’y en a pas depuis longtemps1. Évidemment, depuis les années 60, on ne peut plus dire que les femmes sont inférieures aux hommes. Ce serait indécent ! Désormais, notre société se pense égalitaire. Et les Églises ont suivi cette évolution sociale. Beaucoup de textes bibliques permettent pourtant encore de justifier des dominations et d’inférioriser les femmes…
Dans la lettre aux Ephésiens (par exemple) on demande aux femmes d’être « soumises en tout à leurs maris » (5,24). A priori le message est clair : pas d’égalité… Mais il ne faut pas s’arrêter là ! Une lecture féministe permet de changer de perspective. On insiste alors sur la réciprocité de cette relation. En retour, les maris doivent aimer leur femme « comme le Christ a aimé l’Église » (5,25). Bien plus qu’égaux, les hommes et les femmes deviennent, dans l’imaginaire chrétien, complémentaires.
Égalité dans la différence
Ce dogme de l’« égalité dans la différence » est, en apparence, séduisant. Il émerge en réaction aux revendications féministes des années 60. C’est le discours que l’Église catholique développe alors pour mieux vivre avec son temps2. Pourtant, si l’on creuse un peu, ce n’est pas si révolutionnaire que ça. Au contraire, cette idéologie fige les identités masculine et féminine. Elle les réduit à des rôles sociaux stéréotypés. Les chrétiennes apparaissent comme des mères dévouées ou des vierges chastes. Tandis que les chrétiens sont des laïcs engagés ou des ministres respectés. Ou encore, les femmes évoluent dans l’espace privé et domestique, alors que la sphère publique et politique est réservée aux hommes. On voit bien comment ces rôles, soi-disant « égaux dans la différence » et « complémentaires », sont en réalité fortement hiérarchisés.
On voit bien comment ces rôles, soi-disant « égaux dans la différence » et « complémentaires », sont en réalité fortement hiérarchisés.
Bien sûr, nous sommes là en contexte catholique. Mais les choses sont-elles différentes dans les Églises issues de la Réforme ? Pas vraiment. Le discours de la complémentarité a été repris quasi unanimement dans toutes les branches du christianisme. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer quelles activités sont accomplies par qui. Ainsi, à de rares exceptions près, les tâches de soin ou de nettoyage sont encore largement assumées par des femmes. Alors que les hommes occupent les postes à responsabilité dans les différents conseils (paroissiaux, régionaux, etc.).
De nouvelles interprétations avec un regard féministe
Il existe tout de même des pistes libératrices. Les textes du Nouveau Testament sont fondateurs de l’identité chrétienne. Ils sont perçus comme la Parole de Dieu. En les lisant attentivement, on peut nuancer certaines interprétations. Même, parfois, en proposer de nouvelles. Un regard féministe est ici utile. Par exemple, il y a de nombreuses femmes dans le Nouveau Testament. Certaines d’entre elles ont une fonction d’autorité : Junia est apôtre (Romains 16,7), Chloé est à la tête d’une communauté marchande (1 Corinthiens 1,11), Priscille est parfois mentionnée avant son mari (Actes 18,18), et ainsi de suite. Il semble donc que la culture patriarcale ait effacé l’autorité des femmes dans les premières communautés chrétiennes3. Mais attention ! Il serait anachronique de penser que le christianisme des premières heures était féministe. Cette croyance est fondamentalement patriarcale dès son apparition. Parce qu’elle est pensée par et pour des hommes.

La force de ces approches (historiques et féministes) est de reconnaître que les écrits du Nouveau Testament sont contextuels. Cela signifie que le sens des textes n’est pas universel. Par exemple, quand Paul dit : « Que les femmes se taisent dans les assemblées ! » (1 Corinthiens 14,34-36), il s’adresse aux Corinthiennes. Dans cette lettre, Paul dénonce des divisions au sein de la communauté de Corinthe. Le comportement de certains membres de l’assemblée est problématique. Au chapitre 14, ce sont les actes de certaines femmes qui menacent l’unité du groupe. Paul les rappelle à l’ordre, afin que la sérénité revienne. Or, la tradition chrétienne a sorti cette affirmation de son contexte littéraire et historique. En faisant cela, elle a transformé cet ordre contextuel en une vérité absolue. L’effet de cette loi universelle est de réduire un grand nombre de femmes au silence dans les assemblées chrétiennes, encore aujourd’hui. Pour comprendre les textes bibliques, il est donc nécessaire de prendre en compte le contexte dans lequel ils sont écrits. Cela revient à les considérer comme des sources historiques. Pas (uniquement) comme une révélation divine.
La force de ces approches (historiques et féministes) est de reconnaître que les écrits du Nouveau Testament sont contextuels.
L’égalité n’est pas une complémentarité
En fin de compte, l’égalité et la complémentarité des genres sont deux choses différentes. En valorisant la complémentarité, les Églises réformées perpétuent des stéréotypes et maintiennent des hiérarchies. Dès lors, faut-il condamner la religion chrétienne et arrêter de lire les textes bibliques ? Cette solution semble extrême. Une approche féministe de la Bible permet un dénouement différent. Reconnaître le contexte patriarcal dans lequel les textes sont écrits permet de mieux les comprendre. Plus encore, cela permet de donner un nouveau souffle aux relations entre êtres humains. Et de redéfinir les rôles de chacun et chacune dans les assemblées de façon non hiérarchique. Cela permet, finalement, de valoriser l’égalité des genres, plutôt que leur complémentarité.
Bibliographie
- L. Savoy, Pionnières, 2023. ↩︎
- S. Garbagnoli, M. Prearo, La croisade « anti-genre », 2017. ↩︎
- E. Schüssler-Fiorenza, En mémoire d’elle, 1986 ↩︎
