Arthur Dahl

La Foi bahá’íe, une religion écologique

Engagée depuis des décennies pour l’environnement, la Communauté internationale bahá’íe défend une vision où science et spiritualité s’unissent pour répondre à la crise écologique. Inspirée par certains principes éthiques, elle remet en question le matérialisme dominant et plaide pour un développement durable intégral. Arthur Dahl, président du Forum international pour l’environnement, en développe ses points principaux.

Principes écologiques

La Communauté internationale bahá’íe (Bahá’í International Community), dont un bureau se situe à Genève, s’active depuis longtemps sur des questions de l’environnement, et a émis plus que cinquante déclarations sur l’environnement et le développement durable. J’ai été moi-même leur représentant à la Conférence de ONU sur l’environnement humain à Stockholm en 1972. Notre Forum International pour l’Environnement, association professionnelle d’inspiration bahá’íe, est basé à Genève, même s’il travaille dans le monde entier.

L’environnement peut être abordé d’une manière scientifique et spirituelle – ces deux approches se complétant harmonieusement.

Cet engagement n’est pas fortuit. Il découle naturellement des principes écologiques et de durabilité qui sont clairement exprimés dans les écrits bahá’ís. Ils m’ont inspiré de devenir scientifique et spécialiste de l’environnement. Pour nous, la science et la religion doivent entretenir une influence réciproque, étroite et continue. La science doit être guidée par des responsabilités spirituelles et des principes moraux, afin d’assurer une application juste et bénéfique. L’environnement peut être abordé d’une manière scientifique et spirituelle – ces deux approches se complétant harmonieusement. La nature est perçue, dans les écrits bahá’ís, comme l’expression des qualités divines dans le monde. On y trouve une vision écologique de la nature, où tous les êtres sont interconnectés comme les maillons d’une chaîne, unis par une entraide et une influence réciproque. L’être humain n’est pas indépendant de l’environnement comme le monde occidental a voulu le croire. Nous ne pouvons séparer le coeur humain de l’environnement extérieur : l’homme fait partie intégrante du monde. Sa vie intérieure modifie l’environnement et est à son tour profondément affectée par celui-ci. Leur action est interdépendante.

Se baser sur les écrits

On trouve dans les écrits bahá’ís et les déclarations de la Communauté internationale bahá’íe une condamnation sévère de la société matérialiste, laquelle a largement contribué à l’aggravation des problèmes environnementaux actuels. La culture de consommation matérialiste ne s’embarrasse guère du caractère éphémère des buts qui l’inspirent. Enhardie par l’effondrement de la morale traditionnelle, elle n’est rien de plus que le triomphe d’une impulsion animale – instinctive et aveugle – libérée des références spirituelles. Des travers moraux autrefois condamnés sont devenus des conditions acceptées du progrès social. L’égoïsme devient une qualité prisée dans le monde des affaires et le mensonge un outil de communication publique. L’avidité, la luxure, la paresse, l’orgueil – la violence même – sont largement acceptés, et acquièrent de plus une valeur sociale et économique, comme nous dit la Communauté internationale bahá’íe. Cette consommation excessive, couplée à une surexploitation des ressources et des énergies fossiles épuise les sols et les ressources en eau, et engendre le changement climatique tout en générant des quantités massives de déchets.

C’est donc la civilisation occidentale même, où la croissance ne peut jamais être remise en cause, qui dépasse la capacité de l’environnement à maintenir la stabilité de ses fonctions essentielles.

C’est donc la civilisation occidentale même, où la croissance ne peut jamais être remise en cause, qui dépasse la capacité de l’environnement à maintenir la stabilité de ses fonctions essentielles. Bahá’u’lláh, fondateur de la Foi bahá’íe, nous a mis en garde il y a déjà plus de cent ans contre les dangers d’un développement matériel excessif. «La civilisation, tant vantée par les représentants les plus qualifiés des arts et des sciences, apportera de grands maux à l’humanité, si on lui laisse franchir les limites de la modération….  La civilisation, d’où découle tant de bien lorsqu’elle reste modérée, deviendra, si elle est portée à l’excès, une source aussi abondante de mal….  Le jour approche où elle dévorera de ses flammes toutes les cités du monde.»[1]

Image par Pietro Merola de Pixabay

Un objectif : atteindre des formes de durabilité

Le développement durable est une priorité mondiale depuis le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, avec son secrétariat à Genève ou j’ai travaillé. Pourtant il reste difficile à définir et à mettre en œuvre. Certes, subvenir aux besoins matériels et éliminer la pauvreté constitue un but essentiel du développement. Mais au-delà des besoins fondamentaux, d’autres dimensions du développement – sociale, institutionnelle, environnementale, culturelle, éthique et spirituelle – sont trop souvent négligée. Lorsqu’on s’en tient à une vision exclusivement matérialiste du développement, on aboutit à une société déséquilibrée.

La durabilité n’est pas un but à atteindre un jour, mais un équilibre dynamique à maintenir au sein de l’économie et de la société. Elle requiert justice et équité pour les générations présentes et futures. Un véritable développement durable devrait viser une prospérité globale économique, sociale, environnementale et même spirituelle, ou la mesure du progrès n’est pas le PIB mais l’utilisation de tout le potentiel humain dans la société. J’ai moi-même contribué à ce travail à l’ONU, notamment sur les indicateurs de bien-être et de durabilité.

Comment y arriver ? La science des systèmes nous enseigne que quelques règles bien conçues peuvent générer un système efficace et harmonieux. Au niveau humain, ces règles sont les valeurs qui définissent nos relations dans la société, à l’image des valeurs traditionnelles suisses. Pour un développement durable, il est essentiel de bâtir sur des fondations solides : la justice, l’équité, la modération et le partage, la solidarité et la collaboration, le service et le travail au bénéfice de toute la communauté, la consultation et la participation dans les prises de décisions par une démocratie directe, la responsabilité et l’initiative individuelle et communautaire. Les grands défis aujourd’hui sont donc d’éduquer et de motiver les gens pour les responsabiliser, de rebâtir les communautés locales capables de se prendre en charge, et de s’attaquer au manque d’éthique et de moralité qui ronge la société. C’est un travail à mener dans les familles, les écoles, les associations, les communautés, entre les générations. Il nécessite la mise en place de nouveaux partenariats, comme peut-être un effort commun de toutes les religions, dont un rôle essentiel est de renforcer les valeurs dans la société.


[1] Bahá’u’lláh, Extraits des Ecrits de Bahá’u’lláh, 163, p. 225


Auteur

  • Arthur Dahl

    Arthur Dahl est un expert en environnement et développement durable, membre de la communauté Baha'i de Suisse ||| Arthur Dahl est un expert en environnement et développement durable, avec plus de 50 ans d'expérience internationale, ancien haut responsable du PNUE et président du Forum international de l’environnement. Il s’est récemment concentré sur la gouvernance mondiale et la réforme de l’ONU. Il a travaillé comme consultant pour des institutions telles que la Banque mondiale et le PNUE, en se spécialisant dans les indicateurs de durabilité, l’éducation au développement durable et la biodiversité. Il est aussi engagé dans les réflexions sur les liens entre science, éthique et spiritualité, et a œuvré longtemps dans le Pacifique Sud, notamment sur les récifs coralliens et les PEID.

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