Bruno Hofstetter

Le chamanisme d’hier à aujourd’hui, de Sibérie jusqu’en Suisse ?

Bruno Hofstetter, chamane, propose une vision spatiale et temporelle des chamanismes, tout en y incluant ses pensées et pratiques personnelles représentant une forme de chamanisme. Étymologiquement, le terme trouve ses racines en Sibérie. Il s’applique, cependant, à une multitude de pratiques religieuses et culturelles qui ont existé précédemment, parallèlement et de façon posthume à cette zone géographique, historique et culturelle. Découvrez, ainsi, les racines d’un terme et les pratiques toujours actuelles du chamanisme en Suisse.

À quelle époque le chamanisme est-il né ?

À ce jour, les divers érudits et autres scientifiques ne s’accordent pas sur la date ou la période d’apparition du chamanisme. Pour certain le chamanisme a vu le jour dès la période paléolithique. Pour d’autres le chamanisme primitif remonterait à environ 40’000 ans. Quoi qu’il en soit, le chamanisme est la première forme de spiritualité pratiquée par les humains. À partir du moment où l’humain a pris conscience de la part divine qui l’habite, il s’est mis à pratiquer une forme de culte pour honorer plus grand que lui. Cette prise de conscience se matérialise entre autres, par l’apparition des premières sépultures il y a environ 100’000 ans.

D’où nous vient le chamanisme ?

Pour répondre à cette question, il y a lieu de s’intéresser au mot « Chaman ». C’est un mot originaire de l’Altaï, plus précisément de la langue « toungouse » parlée par les diverses ethnies : « Evenki, Evène, Bouriate, etc. » vivant dans cette région de Sibérie.

En toungouse le mot chaman signifie : « Danser, bondir, remuer, s’agiter ». Une autre hypothèse étymologique le relie à šaman, un mot Manchu-Tungus signifiant « celui qui sait ». Le chamanisme étymologiquement, est donc originaire de l’Altaï sibéro-mongole.

Le mot chaman a été rapporté en Europe à partir du XVIIème siècle par les explorateurs, colonisateurs et autres missionnaires qui ont parcouru ces régions, il apparaît dans la langue française en 1842. Aujourd’hui c’est un mot qui est devenu générique, un peu comme « Frigo » pour désigner un appareil de réfrigération ; alors que chaque culture à ses propres mots pour nommer un·e Chaman, à l’instar des termes « Noaidi ou Nåejtie » dans le peuple Sami de l’extrême nord européen.

Le mot chaman a été rapporté en Europe à partir du XVIIème siècle par les explorateurs, colonisateurs et autres missionnaires qui ont parcouru ces régions, il apparaît dans la langue française en 1842.

Qu’est-ce que le chamanisme ?

Dans la vision chamanique, toutes choses : « minérales, végétales et animales » sont dotées d’un Esprit propre, autrement dit, sont animées.

Le chamanisme est donc un système de croyances et de techniques d’interaction entre l’homme et le monde des Esprits. Le ou la Chaman étant l’interface qui permet de communiquer entre le monde des humains, appelé réalité ordinaire et le monde des Esprits, appelé réalité non ordinaire.

Cette communication se fait lors de la transe chamanique. Le praticien ou la praticienne à l’aide du tambour (dans la pratique Sibéro-Mongole) se met en état de conscience élargie (transe), perçoit alors les Esprits avec lesquels il ou elle communique afin de recevoir des enseignements, des informations ou toutes autres choses utiles pour lui, elle ou sa communauté.

C’est également en état de transe chamanique que le praticien ou la praticienne dispense les soins chamaniques alors qu’il ou elle, est guidé·e par son allié de l’autre monde qui lui dicte les rituels et autres actions à entreprendre.

Dans la pratique chamanique l’on trouve également un grand nombre de rituels pour se relier aux Esprits de la nature, Esprits en lien avec les quatre éléments : « Terre, Air, Feu, Eau » afin de les honorer ou de travailler avec eux.

La vision chamanique est une vision holistique, tout est lié. Aussi le·la chaman·e s’adresse, en fonction de sa culture, à divers types d’Esprits habitant la réalité non ordinaire. Certains lui donneront l’éclairage sur une chose ou une situation, d’autres lui donneront le savoir-faire pour réaliser la chose. Enfin, les Esprits de la nature lui donneront l’énergie pour réaliser la chose.

La vision chamanique est une vision holistique, tout est lié. Aussi le·la chaman·e s’adresse, en fonction de sa culture, à divers types d’Esprits habitant la réalité non ordinaire.

Les diverses formes de pratiques chamaniques

Comme vu précédemment, le chamanisme étymologique est Sibérien de l’Altaï. Mais des pratiques similaires au chamanisme se rencontrent dans le monde entier, elles sont simplement appelées de manières différentes, propres à chaque culture.

Le fondement est toujours le même : « interface entre le monde des Hommes et celui des Esprits » et toujours dans le même but : « recevoir les enseignements et canaliser les énergies favorables à l’Homme … »

Par contre, si le fondement reste le même, la pratique change d’une culture à l’autre. Chez les peuples Sibériens, Mongoles, Inuits, autochtones d’Amérique ou du Canada, c’est principalement le tambour qui est utilisé pour induire l’état de transe chamanique. Chez les peuples Amazonien, Africain, Mexicain l’usage de plantes psychotropes est courant pour induire l’état de transe chamanique. Ceci étant, dans les cultures chamaniques du nord, des plantes ou des champignons peuvent également être utilisés.

Et bien sûr les Esprits auxquels s’adresse le ou la Chaman est propre à sa culture. Par exemple : « Jaguar, anaconda pour les peuples Amazoniens, panthère des neiges, loup et aigle pour les Sibériens » et il en est de même pour les Déités.

Et qu’en est-il en Suisse ?

L’intérêt actuel en Suisse et en occident de manière générale pour le chamanisme, s’explique par un besoin de spiritualité sans dogme, afin de se relier à la nature et ainsi retrouver sa nature profonde. Alors que l’être humain moderne peut être en perte de sens et de repères, la voie chamanique lui permet de se reconnecter à son essence, à son âme.

Il ne reste plus grandes traces des pratiques reliées au « Druidisme », propre aux Celtes ayant jadis peuplé le plateau suisse. Aussi, à l’image de notre pays pluriculturel, les pratiques chamaniques le sont également. On y trouve des pratiques liées aux cultures : « amérindienne, amazonienne, haïtienne comme la Santeria, mongole, sibérienne, celte avec le néo-druidisme, néo-chamanique (un chamanisme plus moderne proche du new-age) »

Ma culture chamanique

Ma culture chamanique s’inspire de deux courants. D’une part de la culture germano-scandinave propre à mes ancêtres. D’autre part, de la culture sibérienne que j’ai côtoyé lors de mes voyages en république de Touva à la frontière Russo-mongole. 

Je pratique un chamanisme selon les cycles de la nature, rythmé par les fêtes de solstices et d’équinoxes. Fêtes lors desquelles les Esprits de la nature sont honorés alors que nous sommes réunis autour d’un feu sacré.

Photographie de la pierre dressée de la forêt du grand Devens dans le canton de Neuchâtel au-dessus de Gorgier St Aubin par Bruno Hofstetter.
Photographie de la pierre de la fontaine froide dans le Creux-du-Vent par Bruno Hostetter. Deux lieux perçus par le chamane comme spirituellement important.

J’inclus dans ma pratique les enseignements runiques. Les Runes étant le réceptacle de tout le savoir et sagesse ancestrale d’Europe du Nord. Véritable voie spirituelle qui mène à l’éveil et l’épanouissement par la compréhension du cycle de la vie, lui-même inscrit dans les lois de l’univers …

Pour terminer

Tout le monde peut pratiquer le chamanisme en se reliant à la nature pour y trouver équilibre et sérénité ; mais tout le monde n’est pas forcément chaman. La pratique chamanique ouvre l’esprit afin de reprendre en main le pouvoir sur sa propre existence.


Auteur

  • Bruno Hofstetter

    Praticien en soins chamaniques, hypnothérapeute diplômé ECH et formateur d’adultes FSEA ||| Bruno Hofstetter découvre le chamanisme il y a plus de 25 ans. Interpellé par l’authenticité de cette forme de spiritualité, il entreprend durant 7 ans des études en chamanisme auprès de la FSS « Fondation for Shamanic Studies » du professeur Michael Harner. Aujourd’hui fort de son expérience, il anime des séminaires sur le thème du chamanisme, reçoit en consultation et organise des voyages sur le thème du chamanisme.

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